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Municipales 2020 à Angers : l’Union des droites face à En Marche ?

Elu pour la première fois Maire d’Angers en mars 2014 sous la bannière de l’UMP, Christophe Béchu est-il déjà « en marche » vers les échéances de 2020 ?

Avec 35,91% des voix au premier tour, le nouvel Edile l’avait emporté au second tour avec 54,36% des voix en bénéficiant d’une solide mobilisation des électeurs de droite et du centre avec des reports de voix provenant de l’UDI (7,44%), d’une partie du FN (6,73%) et probablement de certains électeurs du dissident Jean-Luc Rotureau (DVG) souhaitant voir leur rival Frédéric Béatse (PS) échouer.

Après avoir clairement affiché son soutien à Emmanuel Macron à l’avant-veille du second tour de l’élection présidentielle dans l’espoir d’obtenir un ministère, l’élu de « droite » n’avait pas réussi à placer tous ses fidèles lors des législatives : son adjoint Maxence Henry, avait été largement battu par la candidate de La République En Marche Stella Dupont dans la 2e circonscription et le jeune loup, aussi Maire-Adjoint, Florian Santinho, qui avait claqué la porte de l’UDI pour porter les couleurs d’En Marche, avait été évincé au moment de l’investiture au profit de Philippe Bolo, Maire-Adjoint centriste de Marc Laffineur (Ancien Député-Maire UMP d’Avrillé). 

En décembre 2017, quelques jours avant l’élection du nouveau président du parti Les Républicains, Christophe Béchu décide de rendre sa carte et de ne pas aller voter. 

Depuis le début de l’année, le Maire enchaine les « réunions publiques » aux allures de meeting sous couvert de « journées de quartier » censées renforcer la proximité. 

Emporté dans un élan de « centrisation », pariant sur les succès électoraux du digne héritier de VGE élu président de la République, Christophe Béchu prend le risque de fâcher les électeurs sur son aile droite : la bourgeoisie catholique d’Angers qui l’avait soutenu en 2014. Aussi, il garde précieusement à ses côtés ses « cautions » de la droite conservatrice comme ses amis et adjoints Roch Brancour et Maxence Henry, tous deux adhérents à Sens commun. Ce groupe de pression sorti de la cuisse de… La Manif pour tous en 2013 est en veille pour infléchir les programmes électoraux de LR, en interne afin de garantir les « valeurs familiales » et les droits de l’enfant.

Béchu enfermé entre En Marche et LR

Comme le disait si bien Charles Pasqua  « L’UDF amène les élus, le RPR les électeurs » :

L’électorat traditionnel LR, en partie composé de retraités, se déplace toujours aux urnes, avec une faible dispersion des voix entre les deux tours et celui du Front national reste parmi les électorats au plus fort taux de mobilisation et de moins en moins de reports de voix en faveur du parti Les Républicains au second tour. Les effets de la « vague En Marche » propres aux élections législatives ne seront plus d’actualité si les conflits sociaux se multiplient suite aux réformes libérales du gouvernement.

C. Béchu, tout comme Laurence Garnier à Nantes, pourrait se retrouver enfermé entre En Marche et LR. Son bilan de Maire, reconnu positif, ne lui suffira pas à rassembler les voix. La grogne des commerçants se fait sentir suite aux travaux de construction de la nouvelle ligne de tramway, boulevard Ayrault et sur les berges de Maine, congestionnant le centre-ville aux heures de pointe et réduisant l’accessibilité aux commerces.

 Ces travaux sont jugés trop coûteux par une commerçante de l’hypercentre : « Chaque Maire veut laisser un souvenir de son mandat et nous le voyons sur notre feuille d’impôts !» 

Face à cela, le Maire d’Angers va devoir tout faire pour qu’aucune liste En Marche ou LR ne se constitue sans lui à Angers. Ainsi, deux options se présentent à lui : 

- Le choix LREM : Ayant parcouru une bonne partie du chemin vers Emmanuel Macron, le Maire pourrait, à l’image de son ami Emmanuel Capus, se présenter à la tête d’une liste LREM mais sans prendre sa carte dans le parti. Ce qui lui permettrait de préserver une certaine indépendance et de paraitre moins clivant. Mais cette investiture lui coûterait des alliés chez Les Républicains, dont des membres de sa majorité et une partie de son électorat historique.

[« Macron-compatible », Emmanuel Capus, délégué national du parti Agir (Les Républicains Constructifs d’hier), est aujourd’hui affilié au groupe des Indépendants- République et Territoires au Sénat. Elu sur une liste LREM, il décide de rendre sa carte d’adhérent LR officiellement le 20 mars dernier. La même semaine, il semble que Christophe Béchu ait participé à un dîner avec Emmanuel Macron. Peut-être était-il présent… Ancien adjoint en charge des finances et avocat au sein d’un gros cabinet angevin, suit le même chemin que notre Maire dont il est toujours proche en tant que conseiller municipal du groupe de la majorité et 12e Vice-Président d’Angers Loire Métropole. Dans un article récent du Figaro, retweeté par le sénateur, Frédéric Lefebvre et Franck Riester, fondateurs du parti Agir, se disaient favorables à la création d’une liste sur un axe Juppé-Macron aux élections européennes de juin 2019.]

- Le choix de former une liste de rassemblement de la droite et du centre, sans étiquette, la plus consensuelle possible, en obtenant la garantie en amont qu’aucune liste LREM ou LR ne soit constituée, et en plaçant en positions éligibles ses plus fidèles adjoints ainsi que des personnalités selon un large panel. Mais la tâche ne va pas être aisée et le grand écart entre Sens commun et Agir peut s’avérer douloureux. 

Au sein de son équipe municipale

A gauche, son adjointe à l’Egalité entre les femmes et les hommes Roselyne Bienvenu assure ses arrières en maintenant une entente cordiale avec les anciens élus socialistes.

A droite l’actuel Maire peut compter sur le soutien de femmes politiques comme ses adjointes Caroline Fel (candidate malheureuse LR aux législatives face à LREM) et Karine Engel (à qui il a récemment attribué une délégation supplémentaire aux commerces) ou encore Catherine Deroche, sénatrice LR et ancien Maire de Bouchemaine.

Au centre, malgré l’inimitié de l’angevin Laurent Géraud (Vice-Président UDI à la Région), la Maire-Adjointe à la Sécurité Jeanne Behre-Robinson, ancienne adjointe au maire d’Avrillé Marc Laffineur, mais aussi ancienne collaboratrice parlementaire de François Fillon, entretient le réseau proche de l’UDI dont elle est issue politiquement. Quant aux relations entre Christian Gillet (Président UDI du département) et Christophe Béchu, elles semblent bonnes depuis le rachat d’une partie de Terra Botanica (projet déficitaire du Conseil départemental, initié sous la présidence Béchu), par la ville d’Angers.

Pour rassurer ses électeurs des quartiers plus sensibles comme La Roseraie ou Monplaisir, le Maire sortant gardera peut-être sur sa liste des élus, gages d’ouverture et de diversité, comme Faten Sfaïhi ou Alima Tahiri.

Reste à espérer que dans cette joyeuse pagaille où chacun change de camp en fonction de ses intérêts, les électeurs angevins s’y retrouvent !

Les autres listes possibles :

Rien n’est joué aujourd’hui et la partie est loin d’être gagnée pour le Maire-Président car d’autres forces en présence s’organisent :

A gauche, les défections sont nombreuses.  Beaucoup sont partis vers Benoit Hamon lors des élections primaires du Parti socialiste comme Arash Saedi (Génération s.), ou vers La République En Marche aux législatives comme Stella Dupont, Aykel Garbaa ou Grégory Blanc.

Frédéric Béatse, l’Ancien Maire, chef de l’opposition, se tient en embuscade pour 2020 avec son association citoyenne « Aimer Angers ». Alain Pagano (Parti Communiste Français), son colistier aux dernières municipales, candidat malheureux aux législatives sur la 2e circonscription, sera-t-il à nouveau sur la même liste que l’ancien Maire ou regardera-t’il vers la France Insoumise, formation jeune et prometteuse mais fragile sur cette terre centriste qu’est l’Anjou ?

Marc Goua, figure historique du PS dans le département, radié du parti l’année dernière, se dit toujours socialiste malgré la suppléance de Stella Dupont, élue député En marche en juin dernier. Le Maire de Trélazé pense que le PS peut encore occuper une place, à la gauche d’En Marche, dans un contexte de libéralisation croissante de la politique gouvernementale. Le nouveau Jupiter séduit aussi bien à gauche qu’à droite mais le PS compte encore une trentaine de députés dans les rangs de l’Assemblée. En Maine-et-Loire, le triumvirat Daniel Gautreau/Meriem Baba/Antony Taillefait dirige la fédération, considérablement affaiblie par ces départs et la crise nationale qui a frappé ce vieux parti.

Au Front national de Marine Le Pen, c’est Marie Baron, ancienne candidate aux législatives dans la 1ère circonscription et responsable de la section angevine du FN qui semble être pressentie comme tête de liste à Angers. Mais les divisions internes, les conséquences du débat télévisé et l’échec des législatives ont fragilisé la fédération : Pascal Gannat, figure de proue régionale a quitté le navire cet été lui aussi, en démissionnant de la présidence du groupe à la Région et de son poste de Secrétaire départemental de la Sarthe, à l’image de Gaëtan Diran, ancien candidat, qui avait déjà claqué la porte en 2015. Ces deux hommes emportent avec eux la branche libérale et identitaire proche de Marion Maréchal Le Pen, contestant l’héritage encore vivace de Philippot en la personne d’Aymeric Merlot (candidat malheureux mais batailleur sur la 4e circonscription), proche de Sébastien Chenu (porte-parole du FN et député du Nord).  Dans ce contexte, Marie Baron, peu charismatique et peu visible, risque d’avoir du mal à constituer une liste de 59 noms.

A droite, il est peu probable que l’ambition de Roch Brancour le pousse à constituer une liste dissidente. Toutefois, il était présent dans un public d’environ 200 personnes, lors d’une conférence organisée le mardi 27 mars, dans la salle municipale Daviers, par l’association très conservatrice Cercle Anjou Conférence. Thème de la réunion : l’Union des droites est-elle possible ? Cet ancien soutien de François Fillon qui ne s’était pas positionné au second tour de la présidentielle, a tenu à saluer chaleureusement Jean-Frédéric Poisson à la fin de ce rendez-vous. Ce dernier avait fait le déplacement pour promouvoir le rassemblement des droites de LR au FN, en passant par le Parti Chrétien Démocrate, le mouvement Souveraineté Identité Et Liberté (SIEL) et Debout la France à travers le projet de plateforme participative « Les amoureux de la France », lancée avec son ami Nicolas Dupont-Aignan, destinée à faire naître un programme commun. Il était accompagné de Robert et Emmanuelle Ménard (Le Maire et la Député de Béziers) et soutenu par Thierry Mariani s’exprimant à travers des vidéos projetées ce soir -là.

Une liste d’Union des droites n’est donc pas à exclure regroupant les partis plus modestes, avec ou sans LR et le FN. Ce sera l’« Appel d’Angers » selon Robert Ménard !

Par ailleurs, Debout la France se renforce dans le département, avec la nomination de Frédéric Mortier, Maire de Longué-Jumelles, comme Secrétaire général du parti de Nicolas Dupont-Aignan et l’arrivée du nouveau Secrétaire départemental, Benoit Lépine.

Selon un récent sondage Ipsos publié le 6 avril, 50 % des Français considèrent que le parti présidentiel (LREM) est de droite. Ce chiffre est en hausse depuis un an. Quant au clivage droite/gauche, 70 % des sondés assurent que le clivage droite gauche « ne veut plus dire grand-chose aujourd’hui » tout en affirmant de façon assez homogène, qu’être de gauche et de droite, « ce n’est pas pareil » ! 

Malgré toutes les turpitudes du monde de la politique française ces dernières années, les formes traditionnelles d’expression politique que sont les vieux partis, bien qu’affaiblies, sont loin d’être mortes. Le jeu de dupe d’Emmanuel Macron, surfant sur une vague, de gauche à droite, se révèle au grand jour avec une contestation sociale grandissante. Quant au rêve perdu d’Union des droites, les protagonistes devront mettre de côté tout leur ego et leur ambition personnelle, s’ils veulent vraiment former une telle alliance. 

“Presque toujours, en politique, le résultat est contraire à la prévision.” (François René de Chateaubriand / Mémoires d’outre-tombe)

Auteur : PB | 11/04/2018 | 4 commentaires

Vos commentaires

#1 - Le 11 avril 2018 à 12h04 par Caroline, Angers
Béchu fait depuis peu partie du groupe Bilderberg une organisation qui décide de beaucoup de choses dans le monde. Ils ont décidé qu'il fallait mettre Macron et avec les médias qui leur appartiennent ils ont fait le nécessaire.C'est un très mauvais signal pour la démocratie. Béchu a fait une connerie, ça se retournera contre lui.
Pour ceux qui ne savent pas : http://www.syti.net/Organisations/Bilderberg.html

https://www.ouest-france.fr/pays-de-la-loire/christophe-bechu-au-club-tres-secret-bilderberg-1584662
#2 - Le 11 avril 2018 à 14h28 par observateur, Angers
Béchu a trahi sa famille politique. Il ne fait aucun doute qu'une liste LR se présentera à Angers.
#3 - Le 11 avril 2018 à 21h34 par saulnier jean Paul, Angers
Contrairement à ce que vous dites, je ne trouve pas que Béchu puisse montrer un bon bilan.Le PS en son temps a fait beaucoup mieux pour la ville. Vivement le retour d'un homme de gauche. Le retour de la gauche a Angers est espéré par beaucoup.
#4 - Le 13 mai 2018 à 13h01 par Marie-Christine, Angers
Merci pour les précisions de l'article. En tant que juppéiste je pense cependant que nous ne devrions pas nous allier avec la droite tendance front national. Incroyable de ne pas se positionner au second tour entre Macron et Marine Le Pen comme vous le rappelez pour Roch Brancour !

J'espère qu'En Marche prendra ses responsabilités si c'est le cas même si j'apprécie fortement notre maire.

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